Le marché bouge, les nouveautés arrivent, mais les boutiques se montrent plus prudentes sur chaque jeu. C’est le point très concret soulevé par Julien Sharp, directrice d’Asmodee US Distribution : les magasins continuent d’acheter des sorties, tout en réduisant leurs quantités et leur exposition au risque. Pour celles et ceux qui regardent une étagère de boutique comme moi je regarde ma pile de jeux encore sous cello — avec envie et un léger sentiment de débordement — c’est une information qui compte.
Asmodee : moins de risques sur les nouveautés
Lors d’un entretien avec ICv2 réalisé pendant la Gen Con 2026 et publié le 24 août, Julien Sharp a décrit un comportement d’achat plus mesuré chez les boutiques. Elles achètent toujours les nouveautés, mais en plus petites quantités et avec moins de prise de risque.
« Elles ne vont pas prendre de gros risques sur chaque titre. »
Julien Sharp résume ainsi la prudence des boutiques. Le constat ne dit pas que les nouveautés disparaissent des commandes ; il dit que chaque commande se fait avec davantage de retenue. Une nuance essentielle quand on suit les sorties de près : voir un jeu arriver reste une chose, lui accorder une large place en rayon en est une autre.
Pour les joueurs et joueuses, cela rappelle surtout que l’abondance ne garantit pas une même mise en avant pour tous les titres. Dans mes soirées jeux, le choix de la table est déjà parfois un mini-conseil d’administration ; côté boutique, ce choix s’accompagne d’un risque commercial bien réel.
Les sorties de cartes influencent les commandes
Julien Sharp observe également un déplacement des achats lors des grosses sorties de cartes à collectionner. Dans ces périodes, les boutiques continuent de prendre des nouveautés de jeux de société, mais elles peuvent en commander moins.
Le phénomène s’inscrit dans la croissance récente d’Asmodee, largement tirée par deux axes :
- les jeux de cartes à collectionner ;
- la distribution de titres publiés par des partenaires.
Les cartes à collectionner pèsent donc dans les arbitrages des boutiques. Ce n’est pas une opposition simpliste entre deux publics : les jeux de société restent commandés. Mais les sorties de cartes peuvent déplacer une partie des achats et inciter les magasins à limiter les risques sur les autres nouveautés.
C’est un détail qui éclaire bien l’impression de course permanente que peuvent ressentir les habitués. On se réjouit d’une annonce, on note un jeu dans un coin de sa tête, puis une nouvelle vague arrive. Même mon tableau de suivi au bureau aurait besoin d’une extension pour suivre le rythme.
Asmodee évolue dans un marché qui reste dynamique
Cette prudence ne signifie pas que le marché du jeu de société va mal. Asmodee a réalisé 1,684 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice clos en mars 2026.
La Gen Con 2026 a, de son côté, accueilli plus de 74 000 personnes et près de 800 exposants, un record selon l’article. Ces chiffres dessinent un secteur où l’intérêt est bien présent, avec de nombreux jeux et de nombreux acteurs visibles au même moment.
Pour une boutique, l’enjeu n’est donc pas seulement de repérer les nouveautés. Il faut choisir lesquelles commander avec assez de confiance. La déclaration de Julien Sharp donne à voir ce décalage : une activité dynamique peut aussi conduire à des commandes plus sélectives titre par titre.
De nouveaux publics pour le jeu de société
Julien Sharp dit aussi voir arriver de nouvelles personnes dans le jeu de société. Certaines découvrent d’abord un jeu, puis comprennent qu’elles apprécient le jeu de société comme pratique sociale, et pas uniquement ce premier titre.
C’est probablement la partie la plus familière pour quiconque a déjà invité des collègues à une soirée jeux « juste pour essayer ». On vient pour une boîte, une partie ou un moment partagé ; on reste parfois pour ce que la table permet de créer entre les personnes. Le jeu de société attire ainsi aussi comme activité sociale.
Sharp a toutefois indiqué ne pas disposer de statistiques démographiques précises sur ces nouveaux publics. L’observation reste donc celle d’une professionnelle du secteur, pas un portrait chiffré de la communauté.
Au fond, le tableau est moins paradoxal qu’il n’en a l’air : les joueuses et joueurs sont là, les boutiques commandent encore, les conventions affichent une fréquentation record, et les cartes à collectionner soutiennent la croissance. Mais chaque nouveauté doit davantage convaincre au moment de la commande. Une réalité très concrète, même avant d’avoir trouvé qui acceptera de lire les règles vendredi soir.
